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Plantes · module 5

Créer un jardin-forêt en climat tempéré : strates, lumière et patience

Le jardin-forêt imite la lisière d’un bois : plusieurs étages de plantes comestibles sur la même surface. Sous nos latitudes, son principal ennemi est le manque de lumière, bien avant la sécheresse.

Par Romain Delaunay · 4 min à lire · Plantes

Allée herbeuse entre deux rangs d’arbres fruitiers en fleurs

Le jardin-forêt tempéré doit beaucoup à un Anglais, Robert Hart, qui en a planté un dans le Shropshire dans la seconde moitié du XXe siècle, et à Martin Crawford, dont le jardin-forêt du Devon et le livre Creating a Forest Garden (2010) servent aujourd’hui de référence. Leurs observations convergent sur un point que les images de jungles comestibles font oublier : en Europe du Nord et de l’Ouest, ce qui manque le plus à un jardin-forêt, c’est la lumière.

Les sept strates

On décrit classiquement un jardin-forêt en sept étages, du plus haut au plus bas, plus les grimpantes qui les relient. Toutes ne sont pas obligatoires, et un petit terrain peut très bien se passer de la canopée.

Les strates d’un jardin-forêt tempéréVue en coupe : un grand arbre fruitier, un arbre bas, des arbustes à petits fruits, des vivaces, un couvre-sol, des plantes à racines comestibles et une grimpante. Les étiquettes sont alignées à droite.1 canopéegrand fruitier, noyer, châtaignier2 arbre baspommier ou poirier sur porte-greffe moyen3 arbustescassis, groseilles, amélanchier4 vivacesrhubarbe, consoude, oseille5 couvre-solfraisiers, trèfle6 racinescrosnes, oca7 grimpantevigne, kiwi, houblon
Les sept strates d’un jardin-forêt tempéré, en coupe.
Des espèces pour chaque strate
StrateExemples adaptés à la FranceRemarque
1. Canopéechâtaignier, noyer, poirier haute-tige, aulne de Corse comme nourricierà réserver aux grands terrains ; le noyer gêne beaucoup de voisins
2. Arbres baspommier ou poirier sur porte-greffe moyen, prunier, néflier, cognassierle cœur productif du système
3. Arbustescassissier, groseilliers, amélanchier, noisetier, éléagnussupportent la mi-ombre pour la plupart
4. Vivacesrhubarbe, consoude, oseille, livèche, ail des oursla consoude stérile ‘Bocking 14’ ne se ressème pas
5. Couvre-solfraisiers, trèfle blanc, bugle, menthes en bacla menthe en pleine terre envahit tout
6. Racinescrosnes, oca du Pérou, ail rocambolele topinambour est productif mais très envahissant
7. Grimpantesvigne, kiwi, houblon, haricots grimpantsle kiwi demande en général un pied mâle pour des pieds femelles

La lumière décide de tout

Sous les tropiques, le soleil passe haut toute l’année et l’on peut empiler les strates sans trop de dommages. À la latitude de Paris, le soleil d’hiver plafonne à moins de 18° au-dessus de l’horizon à midi, et même en été, la plupart des fruitiers ont besoin d’une pleine lumière pour mûrir correctement leurs fruits.

Placez donc les plus grands sujets au nord du jardin-forêt, pour qu’ils ne fassent pas d’ombre aux autres, et espacez les arbres d’après leur envergure adulte, pas d’après le scion que vous plantez. Gardez aussi des clairières : ce sont elles qui accueilleront les arbustes et les vivaces les plus gourmands en lumière.

Pommiers : ordre de grandeur selon le porte-greffe
M9 (nanisant)arbre de 2 à 3 m, mise à fruit rapide, tuteur à vie ; place d’arbuste
MM106 (moyen)arbre de 4 à 5 m environ ; bon compromis pour un jardin-forêt familial
Franc (vigoureux)arbre de plein vent, souvent plus de 7 m ; longévité, patience

Ces dimensions varient avec la variété, le sol et la taille. Demandez toujours au pépiniériste le porte-greffe exact, il compte autant que la variété.

Les premières années, une à une

  1. Avant de planter

    Une saison d’observation, un design sur calque, puis la préparation du sol : carton et paillis épais sur l’herbe à l’automne, haie brise-vent du côté des vents dominants si le terrain est exposé.

  2. Première année : les arbres

    Plantation à racines nues entre novembre et mars, hors gel. Fixateurs d’azote plantés en même temps, serrés. Protection contre les campagnols (grillage autour des racines) et contre les chevreuils ou les lapins (manchons). Arrosage les deux premiers étés.

  3. Deuxième et troisième années : le sous-étage

    Arbustes à petits fruits, vivaces, couvre-sol, à mesure que le paillis a fait son travail et que vous savez où l’ombre tombe réellement.

  4. Ensuite : tailler et observer

    Taille annuelle des fixateurs, ajustements, premières récoltes sérieuses des fruitiers sur porte-greffe moyen au bout de quelques années. Un jardin-forêt se juge à dix ans, pas à deux.

Sur le terrain

La ficelle avant la bêche

Avant de planter, tracez au sol, avec une ficelle et quatre piquets, le diamètre adulte de chaque arbre. Marchez entre les cercles. Si vous ne pouvez pas passer une brouette, c’est trop serré. Si deux cercles se chevauchent largement, l’un des deux arbres n’a rien à faire là.

Les erreurs que je retrouve le plus souvent

La densité, d’abord : un jardin-forêt planté serré est magnifique la troisième année et sombre la huitième. Puis les plantes envahissantes introduites avec enthousiasme, menthe, topinambour, framboisiers non contenus, qui occupent tout l’espace des vivaces au bout de deux saisons. Les campagnols, ensuite, qui détruisent en un hiver les racines de jeunes pommiers non protégés, et qu’on découvre au printemps quand l’arbre bascule d’un coup.

Et enfin l’absence de chemins. On dessine les plantes, on oublie de dessiner comment on ira les cueillir, et dans cinq ans on ne peut plus entrer.

Pour les plantes nourricières du système, reportez-vous au tableau des fixateurs d’azote ; pour l’emplacement du jardin-forêt sur votre terrain, à l’article sur les zones.

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