
Chaque printemps, je reçois la même photo : une belle couche de paille de vingt centimètres, posée en mars sur un potager encore froid, et dessous, en mai, des semis dévorés par les limaces. Le paillage n’est pas en cause. C’est le calendrier.
Pourquoi pailler
Un sol nu se dégrade : la pluie le frappe et le fait croûter, le soleil le dessèche, le vent l’emporte. Un paillis le protège de tout ça, garde l’humidité, freine les herbes indésirables et nourrit la vie du sol à mesure qu’il se décompose. En permaculture, on cherche à ce que le sol ne soit jamais à nu, et le paillage est le moyen le plus simple d’y arriver en attendant que les plantes couvrent elles-mêmes la surface.
Les paillis, un par un
| Matériau | Ce qu’il apporte | Quand | À surveiller |
|---|---|---|---|
| Paille | couverture durable, très carbonée, se décompose lentement | été, sur pommes de terre, courges, fraisiers | repousses de céréales ; abri à limaces au printemps humide |
| Foin | plus riche en azote, se décompose vite, nourrit le sol | toute la saison | graines d’herbes : en couche épaisse, elles germent peu |
| Bois raméal fragmenté (BRF) | rameaux de feuillus de moins de 7 cm de diamètre broyés frais : stimule les champignons du sol | automne, en couche de quelques centimètres | trop de résineux ; ne jamais l’enfouir profondément |
| Feuilles mortes | gratuites, abondantes, excellentes pour la vie du sol | automne et hiver | s’envolent : passez-les à la tondeuse ; compostez à part celles de noyer |
| Tontes de gazon | apport d’azote rapide | printemps et été, en couches fines et séchées | fermentent et collent en couche épaisse et fraîche |
| Carton brun | étouffe l’herbe pour créer une nouvelle planche | automne, sous un autre paillis | retirer adhésifs et agrafes ; éviter les encres de couleur ; bien mouiller |
Le BRF mérite un mot. La technique vient du Québec, où des chercheurs de l’université Laval, autour de Gilles Lemieux, ont étudié l’effet des rameaux broyés sur la formation de l’humus forestier. Ce n’est pas un paillis comme les autres : on le pose en couche mince, on le laisse travailler en surface, et on accepte qu’il donne ses meilleurs effets à partir de la deuxième année.
La faim d’azote, un faux problème quand on la comprend
On lit partout qu’un paillis carboné « vole l’azote » du sol. C’est vrai quand on l’enfouit : les micro-organismes qui le décomposent puisent l’azote disponible et en privent les cultures pendant quelques semaines. En surface, l’effet se limite à la fine couche de contact entre le paillis et la terre.
Deux règles évitent l’essentiel des ennuis. Ne mélangez jamais de paille, de BRF ou de sciure à la terre de vos planches. Et sous un paillis très carboné, pour des légumes gourmands comme les courges ou les choux, glissez d’abord une couche plus riche : tontes séchées, compost ou fumier bien décomposé.
Le calendrier, là où tout se joue
| Fin d’hiver | écartez le paillis des planches à semer pour laisser le sol se réchauffer et sécher |
|---|---|
| Printemps | semez sur sol découvert ; repaillez autour des plants une fois qu’ils sont costauds et que la terre est chaude |
| Été | paillage épais sur toutes les cultures en place, juste après un bon arrosage ou une pluie |
| Automne | couvrez tout sol libéré : feuilles, foin, BRF, ou un engrais vert semé à la place |
| Hiver | pas un mètre carré de sol nu ; laissez la vie du sol travailler sous la couverture |
Le paillis est un isolant. Il garde le froid aussi bien que la chaleur : posé sur une terre glacée de mars, il retarde son réchauffement de plusieurs semaines. C’est toute l’histoire de la photo du début.
Les limaces, le vrai prix du paillage
Un paillis humide est un abri parfait pour les limaces, et un printemps pluvieux le leur rappelle chaque année. Il n’y a pas de solution unique, mais une combinaison de gestes qui fonctionne :
- écarter le paillis de quelques centimètres autour des jeunes plants tant qu’ils sont fragiles ;
- ramasser à la main à la tombée de la nuit, une lampe frontale suffit, les premières semaines du printemps ;
- poser au sol quelques planches ou tuiles, sous lesquelles les limaces se réfugient au matin, et les relever chaque jour ;
- favoriser leurs prédateurs : carabes, hérissons, orvets, crapauds, qui reviennent avec une haie libre, un tas de bois et un point d’eau.
Le quatrième geste est le seul qui travaille à votre place sur la durée, et c’est exactement la logique de la permaculture : plutôt que de lutter contre un élément, lui opposer un autre élément du système.
Sur le terrain
Le test du doigt
Glissez la main sous votre paillis par une journée chaude. Si la terre est fraîche et humide, le paillis fait son travail. Si elle est sèche, il est trop mince, ou il a été posé sur un sol déjà sec : arrosez copieusement, puis remettez une couche. Si elle est froide et collante en avril, retirez-le : il est trop tôt.
Combien en mettre
Les épaisseurs se donnent en paillis tassé, pas tel qu’il sort de la botte. Comptez une bonne dizaine de centimètres pour la paille ou le foin, qui s’affaissent vite, quelques centimètres pour le BRF, et des couches très minces pour les tontes. Mieux vaut rajouter souvent que poser trop d’un coup : un paillis qui disparaît en deux mois a été mangé par le sol, c’est bon signe.
À lire ensuite

Plantes fixatrices d’azote pour climat tempéré : lesquelles, et comment s’en servir
Fixateurs d’azote pour climat tempéré : aulnes, éléagnus, argousier, caraganier, trèfles, féverole. Sols, usage en guilde, taille, et l’erreur du févier.

Créer un jardin-forêt en climat tempéré : strates, lumière et patience
Créer un jardin-forêt en climat tempéré : les sept strates, des espèces pour chacune, la lumière, les porte-greffes et les premières années à prévoir.