Aller au contenu

Formation permaculture en ligne · 87,60 € TTC · réglable en trois fois · essai garanti un mois

Je sème mon projet

Sol · module 3

Pailler en permaculture : quel paillis, à quelle saison, sur quelle épaisseur

Le paillage est la première technique qu’on adopte en permaculture, et la première qu’on rate : posé trop tôt, trop épais, ou avec le mauvais matériau au mauvais endroit. Voici comment choisir et quand poser.

Par Romain Delaunay · 5 min à lire · Sol

Jeunes choux plantés dans un épais paillis de paille

Chaque printemps, je reçois la même photo : une belle couche de paille de vingt centimètres, posée en mars sur un potager encore froid, et dessous, en mai, des semis dévorés par les limaces. Le paillage n’est pas en cause. C’est le calendrier.

Pourquoi pailler

Un sol nu se dégrade : la pluie le frappe et le fait croûter, le soleil le dessèche, le vent l’emporte. Un paillis le protège de tout ça, garde l’humidité, freine les herbes indésirables et nourrit la vie du sol à mesure qu’il se décompose. En permaculture, on cherche à ce que le sol ne soit jamais à nu, et le paillage est le moyen le plus simple d’y arriver en attendant que les plantes couvrent elles-mêmes la surface.

Les paillis, un par un

Six matériaux, six usages
MatériauCe qu’il apporteQuandÀ surveiller
Paillecouverture durable, très carbonée, se décompose lentementété, sur pommes de terre, courges, fraisiersrepousses de céréales ; abri à limaces au printemps humide
Foinplus riche en azote, se décompose vite, nourrit le soltoute la saisongraines d’herbes : en couche épaisse, elles germent peu
Bois raméal fragmenté (BRF)rameaux de feuillus de moins de 7 cm de diamètre broyés frais : stimule les champignons du solautomne, en couche de quelques centimètrestrop de résineux ; ne jamais l’enfouir profondément
Feuilles mortesgratuites, abondantes, excellentes pour la vie du solautomne et hivers’envolent : passez-les à la tondeuse ; compostez à part celles de noyer
Tontes de gazonapport d’azote rapideprintemps et été, en couches fines et séchéesfermentent et collent en couche épaisse et fraîche
Carton brunétouffe l’herbe pour créer une nouvelle plancheautomne, sous un autre paillisretirer adhésifs et agrafes ; éviter les encres de couleur ; bien mouiller

Le BRF mérite un mot. La technique vient du Québec, où des chercheurs de l’université Laval, autour de Gilles Lemieux, ont étudié l’effet des rameaux broyés sur la formation de l’humus forestier. Ce n’est pas un paillis comme les autres : on le pose en couche mince, on le laisse travailler en surface, et on accepte qu’il donne ses meilleurs effets à partir de la deuxième année.

La faim d’azote, un faux problème quand on la comprend

On lit partout qu’un paillis carboné « vole l’azote » du sol. C’est vrai quand on l’enfouit : les micro-organismes qui le décomposent puisent l’azote disponible et en privent les cultures pendant quelques semaines. En surface, l’effet se limite à la fine couche de contact entre le paillis et la terre.

Deux règles évitent l’essentiel des ennuis. Ne mélangez jamais de paille, de BRF ou de sciure à la terre de vos planches. Et sous un paillis très carboné, pour des légumes gourmands comme les courges ou les choux, glissez d’abord une couche plus riche : tontes séchées, compost ou fumier bien décomposé.

Le calendrier, là où tout se joue

Pailler au fil de l’année
Fin d’hiverécartez le paillis des planches à semer pour laisser le sol se réchauffer et sécher
Printempssemez sur sol découvert ; repaillez autour des plants une fois qu’ils sont costauds et que la terre est chaude
Étépaillage épais sur toutes les cultures en place, juste après un bon arrosage ou une pluie
Automnecouvrez tout sol libéré : feuilles, foin, BRF, ou un engrais vert semé à la place
Hiverpas un mètre carré de sol nu ; laissez la vie du sol travailler sous la couverture

Le paillis est un isolant. Il garde le froid aussi bien que la chaleur : posé sur une terre glacée de mars, il retarde son réchauffement de plusieurs semaines. C’est toute l’histoire de la photo du début.

Les limaces, le vrai prix du paillage

Un paillis humide est un abri parfait pour les limaces, et un printemps pluvieux le leur rappelle chaque année. Il n’y a pas de solution unique, mais une combinaison de gestes qui fonctionne :

  • écarter le paillis de quelques centimètres autour des jeunes plants tant qu’ils sont fragiles ;
  • ramasser à la main à la tombée de la nuit, une lampe frontale suffit, les premières semaines du printemps ;
  • poser au sol quelques planches ou tuiles, sous lesquelles les limaces se réfugient au matin, et les relever chaque jour ;
  • favoriser leurs prédateurs : carabes, hérissons, orvets, crapauds, qui reviennent avec une haie libre, un tas de bois et un point d’eau.

Le quatrième geste est le seul qui travaille à votre place sur la durée, et c’est exactement la logique de la permaculture : plutôt que de lutter contre un élément, lui opposer un autre élément du système.

Sur le terrain

Le test du doigt

Glissez la main sous votre paillis par une journée chaude. Si la terre est fraîche et humide, le paillis fait son travail. Si elle est sèche, il est trop mince, ou il a été posé sur un sol déjà sec : arrosez copieusement, puis remettez une couche. Si elle est froide et collante en avril, retirez-le : il est trop tôt.

Combien en mettre

Les épaisseurs se donnent en paillis tassé, pas tel qu’il sort de la botte. Comptez une bonne dizaine de centimètres pour la paille ou le foin, qui s’affaissent vite, quelques centimètres pour le BRF, et des couches très minces pour les tontes. Mieux vaut rajouter souvent que poser trop d’un coup : un paillis qui disparaît en deux mois a été mangé par le sol, c’est bon signe.

À lire ensuite

Je sème mon projet87,60 € · en trois fois si besoin