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Plantes · module 5

Plantes fixatrices d’azote pour climat tempéré : lesquelles, et comment s’en servir

On plante un éléagnus au pied d’un pommier en espérant que l’azote passe d’une racine à l’autre. En pratique, il passe surtout par la taille : la plante fixatrice stocke l’azote dans ses tissus et le rend au sol quand on la coupe.

Par Romain Delaunay · 5 min à lire · Plantes

Mains repiquant de jeunes plants à la pince dans une caissette

Les fixateurs d’azote sont partout dans les plans de permaculture, souvent dessinés comme de petits ronds au pied de chaque fruitier. Ils méritent cette place, à condition de savoir ce qu’ils font réellement et de choisir des espèces qui poussent chez vous. Les listes qui circulent mélangent souvent plantes tropicales, espèces envahissantes et une ou deux qui ne fixent rien du tout.

Deux familles, un même service

L’azote de l’air est abondant mais inutilisable par les plantes. Certaines s’associent à des bactéries logées dans des renflements de leurs racines, les nodosités, qui le transforment en une forme assimilable.

  • Les légumineuses (trèfles, luzerne, féverole, vesces, robinier, caraganier, genêts) travaillent avec des bactéries du groupe des rhizobiums.
  • Les plantes actinorhiziennes (aulnes, éléagnus, argousier, piment royal, céanothes) s’associent à une autre bactérie, Frankia. Ce sont elles qui fournissent la plupart des arbres et arbustes fixateurs de nos régions.

Dans les deux cas, l’azote fixé sert d’abord à la plante elle-même. Il ne profite au sol et aux voisines que lorsque des feuilles tombent, que des racines meurent, ou qu’on taille. D’où la technique du « couper-laisser » : on rabat régulièrement le fixateur et on laisse les branches sur place, en paillis. La taille provoque aussi la mort d’une partie des racines fines, qui libèrent leur azote dans le sol.

Le tableau des fixateurs pour climat tempéré

Fixateurs d’azote adaptés à la France métropolitaine
PlanteFamilleSol et expositionUsageVigilance
Aulne glutineuxactinorhiziennefrais à humide, bords d’eaubrise-vent, berges, taillis à boisgrand arbre : loin du potager
Aulne de Corseactinorhizienneplus sec, tolère le calcairebrise-vent rapide, arbre nourricier d’un vergergrand arbre, à rabattre en cépée si besoin
Éléagnusactinorhiziennetout sol drainé, soleil à mi-ombrehaie, plante nourricière des fruitiers ; certaines espèces ont des baies comestiblesvigoureux : supporte et demande la taille
Argousieractinorhiziennepauvre, sableux, plein soleilhaie défensive, baies richesépineux, drageonne ; pieds mâles et femelles nécessaires
Caraganierlégumineusepauvre et sec, résiste au froidhaie, graines appréciées des volaillespeu de soucis
Robinier faux-acacialégumineusepresque tous les solspiquets imputrescibles, fleurs mellifèresdrageonne fort ; jugé envahissant dans plusieurs régions
Genêt à balaislégumineuseacide, pauvrecolonisation des sols maigrestoxique pour le bétail en quantité
Luzernelégumineuseprofond, non acideengrais vert de plusieurs années, fauche pour paillerracines très profondes, difficile à déloger
Trèfle blanclégumineusefraiscouvre-sol des allées et du vergerpeut concurrencer les semis
Féverole, vesceslégumineusesla plupart des solsengrais verts d’hiver, souvent en mélange avec une céréaleà faucher avant la montée en graines

Avant de planter un robinier ou une espèce exotique vigoureuse, consultez la liste des espèces envahissantes du conservatoire botanique national de votre région. Ce qui est une bonne idée en Beauce peut être une erreur en bord de rivière en Bretagne.

L’erreur du févier

Le févier d’Amérique figure dans d’innombrables listes de fixateurs d’azote, parce que c’est une légumineuse. Il ne forme pourtant pas de nodosités, et ne fixe donc pas l’azote de l’air. C’est un bel arbre, à l’ombre légère et aux gousses sucrées, mais si vous le plantez pour nourrir vos fruitiers, vous serez déçu.

L’erreur est instructive : appartenir à la bonne famille ne suffit pas. Vérifiez chaque espèce, et plus encore sa capacité à fixer dans votre sol.

Comment les placer dans une guilde

Une guilde est un groupe de plantes installé autour d’un élément central, souvent un fruitier, pour qu’elles se rendent des services mutuels. Les fixateurs y jouent le rôle de nourrices pendant les premières années.

  1. Planter dense au départ

    Au moment de la plantation, les fixateurs occupent une grande part de l’espace autour du jeune fruitier. Ils couvrent le sol, abritent du vent, et produisent de la biomasse.

  2. Tailler chaque année

    On les rabat une ou deux fois par an et on laisse les branches au pied du fruitier. C’est à ce moment que l’azote passe réellement au sol.

  3. Céder la place

    À mesure que le fruitier grandit et demande de la lumière, on retire progressivement les fixateurs les plus proches. Ils ont fait leur travail.

  4. Passer le relais au couvre-sol

    Sous l’arbre adulte, un trèfle blanc ou un engrais vert de vesces prend la suite, sans faire d’ombre à personne. Les arbustes fixateurs restent dans la haie voisine, où on continue de les tailler pour pailler.

Sur le terrain

Vérifier que vos fixateurs travaillent

Déterrez délicatement un pied de trèfle ou de féverole en pleine floraison, et coupez une nodosité avec l’ongle. Rose ou rouge à l’intérieur : elle est active. Blanche, grise ou verdâtre : elle ne fixe pas, ou plus.

Un sol déjà très riche en azote, par exemple après un gros apport de fumier, réduit fortement la fixation : la plante n’a plus besoin de fournir l’effort, et les nodosités restent rares.

Ce que les fixateurs ne feront pas

Ils ne remplacent pas un sol vivant, ils y contribuent. Ils ne donnent pas de résultat la première saison : un arbuste fixateur commence à jouer son rôle quand il a assez de masse pour être taillé. Et ils ne compensent pas une erreur de placement : un pommier planté dans une poche de gel ne sera pas sauvé par trois éléagnus.

Pour les choisir et les placer dans un ensemble cohérent, l’article sur le jardin-forêt montre comment ils s’insèrent dans les strates.

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