Aller au contenu

Formation permaculture en ligne · 87,60 € TTC · réglable en trois fois · essai garanti un mois

Je sème mon projet

Design · module 2

Les zones de la permaculture, de 0 à 5, posées sur un vrai terrain

Les schémas des livres montrent des cercles parfaits autour de la maison. Sur un vrai terrain, les zones de permaculture suivent vos pas, la pente et le soleil, et prennent des formes bien plus étranges.

Par Romain Delaunay · 6 min à lire · Design

Potager en carré au creux d’une vallée boisée

Le premier plan zoné qu’on m’ait montré avait été tracé au compas. Six cercles bien nets autour de la maison, le potager dans le premier anneau, le verger dans le deuxième, et ainsi de suite jusqu’au bois. Sur le papier, c’était impeccable. Sur le terrain, la zone 1 tombait dans une cuvette où le gel s’attardait jusqu’en mai, et la porte de la cuisine donnait de l’autre côté.

Le zonage est l’outil le plus connu de la permaculture, et le plus souvent mal compris. Voici comment je le pratique.

Une zone, c’est une fréquence de visite

Une zone se définit par le nombre de fois où vous devez vous rendre auprès d’un élément, pas par une distance. Plus un élément demande de visites, plus il doit être près de l’endroit d’où vous partez, en général la maison. Le reste n’est que la traduction de cette règle sur un plan.

Les six zones, de la maison à la nature
ZoneFréquenceCe qu’on y metEntretien
0permanentela maison, la serre accolée, le rebord de fenêtrequotidien, au passage
1plusieurs fois par jouraromatiques, salades, semis, récupérateur d’eau, petit compost de cuisineintensif, paillage épais
2environ une fois par jourpoulailler, petits fruits, légumes de garde, ruches, compost principalrégulier
3une fois par semaine ou moinspommes de terre, courges, grands fruitiers, pâturesaisonnier
4quelques fois par anbois de chauffage en taillis, cueillette, haies libresminimal
5presque jamaisespace laissé à lui-même, qu’on observe sans interveniraucun
De la fréquence de passage à la zoneUne échelle allant de plusieurs passages par jour à presque jamais, découpée en zones 1 à 5, avec un exemple d’élément pour chacune : salades et aromatiques, poules et petits fruits, pommes de terre et pâture, bois de chauffage, haie sauvage.1zone 1plusieurs fois par joursalades, aromatiques,semis2zone 2une fois par jourpoules, petits fruits,compost3zone 3une fois par semainepommes de terre,courges, pâture4zone 4quelques fois par anbois de chauffage,cueillette5zone 5presque jamaishaie libre,friche observéeSOUVENT, PRÈS DE LA PORTERAREMENT, LOIN
Ce qui fixe la zone d’un élément, c’est la fréquence à laquelle il vous fait sortir de la maison.

Conséquence directe : un même élément peut changer de zone selon votre vie. Des poules dont vous ramassez les œufs chaque matin sont en zone 2. Si quelqu’un d’autre s’en occupe, ou si vous partez travailler à l’aube, elles peuvent reculer d’un cran.

Pourquoi les zones ne sont jamais rondes

Parce que vous ne vous déplacez pas en cercle. Vous empruntez des chemins, et une zone 1 s’étire toujours le long du trajet le plus fréquenté : entre la porte de la cuisine et le portail, entre le garage et le compost. Planter les aromatiques sur ce trajet, c’est les cueillir sans y penser.

La pente déforme aussi les zones. On descend volontiers avec un seau vide, on remonte moins volontiers avec un seau plein. Ce qui demande des apports lourds, fumier ou eau, se place de préférence en contrebas des réserves, pour que la gravité travaille pour vous.

Enfin, les zones se négocient avec les secteurs, c’est-à-dire les énergies qui viennent de l’extérieur : le soleil, le vent, l’eau de ruissellement, le risque d’incendie, les vues, le bruit. Une zone 1 dans une poche de gel ou à l’ombre d’un mur au nord ne fonctionnera jamais, aussi proche soit-elle de la porte.

Les zones 0 à 5 d’un terrain de campagne et ses secteursSix zones concentriques irrégulières autour de la maison : 0 la maison, 1 le potager et les aromatiques, 2 le verger et les poules, 3 les cultures et la pâture, 4 le bois géré, 5 la partie sauvage. Flèches du vent dominant venant de l’ouest, course du soleil d’hiver au sud, baissière et mare au point bas.marebaissière sur courbeVENT D’OUESTSOLEIL D’HIVERN0123450 la maison1 potager, aromatiques2 verger, poules3 cultures, pâture4 bois géré, cueillette5 sauvage
Les zones s’étirent vers le nord-est : la maison s’ouvre au sud, l’eau s’accumule au point bas, la haie arrête le vent d’ouest.

Le soleil d’hiver, le secteur qu’on oublie

En été, le soleil passe haut et tout le monde a de la lumière. C’est en hiver qu’on découvre les ombres, et c’est l’hiver qu’il faut dessiner.

Le calcul est simple : à midi, au solstice d’hiver, la hauteur du soleil vaut 90° moins votre latitude, moins 23,4°. À la latitude de Nantes, environ 47° nord, cela donne un soleil à moins de 20° au-dessus de l’horizon. Un arbre de 10 mètres projette alors une ombre d’environ 28 mètres. Plantez un noyer à vingt mètres au sud de votre serre, et vous l’aurez à l’ombre de novembre à février pendant les cinquante prochaines années.

Sur le terrain

Le relevé en deux temps

Première semaine : notez chaque sortie, avec la destination et le motif. Deuxième temps : listez les dix éléments que vous visitez le plus, et reportez-les sur un plan, avec le trajet réel pour y aller.

Vous obtenez une carte de vos zones vécues. Comparez-la avec l’emplacement actuel de vos cultures. L’écart entre les deux, c’est votre premier chantier de design.

Les petits terrains n’ont pas six zones

Sur 400 m² de jardin périurbain, les zones 3, 4 et 5 n’existent pas au sens strict, et c’est normal. Le principe reste valable à une autre échelle. La zone 5 peut être un coin de deux mètres carrés laissé en friche derrière l’abri, où le hérisson passera l’hiver. La zone 4, une haie libre en limite de propriété, qu’on ne taille qu’une fois tous les deux ans.

Sur un balcon, la zone 1 est le rebord de la fenêtre de la cuisine, et la zone 2 le bac du fond. Je ne plaisante qu’à moitié : l’erreur qui consiste à mettre le basilic là où l’on ne passe jamais existe aussi au cinquième étage.

Les quatre erreurs que je vois le plus

  1. Le poulailler au fond du terrain

    On l’éloigne pour l’odeur et le bruit, puis on découvre qu’il faut y aller deux fois par jour, sous la pluie de janvier, pour ouvrir, fermer, nourrir, ramasser. Au bout d’un hiver, la corvée l’emporte. Mieux vaut un poulailler propre en zone 2 qu’un poulailler lointain négligé.

  2. Les aromatiques au bout du potager

    Le persil qu’on va chercher à cinquante mètres pendant que l’eau des pâtes bout ne sera pas cueilli. Il doit être à trois pas de la cuisine.

  3. Le compost loin de la cuisine

    Le seau d’épluchures déborde, on le vide une fois par semaine au lieu de chaque jour, il sent. Un petit composteur ou un lombricomposteur près de la maison, et un compost principal en zone 2, règlent le problème.

  4. Le verger en zone 1

    Des fruitiers plantés tout près de la maison, c’est agréable la première année. Dix ans plus tard, ils ombragent le potager qu’on avait installé à côté. Pensez à la taille adulte de chaque arbre, pas à celle du scion.

Zones et secteurs : comment les combiner

Les zones disent où vous voulez placer les choses pour vous économiser. Les secteurs disent où la nature vous permet de les placer. Un bon design trouve l’endroit qui satisfait les deux, et quand ce n’est pas possible, il tranche en faveur des secteurs : on déplace un chemin plus facilement qu’on ne déplace le soleil.

Concrètement, je superpose deux calques sur le fond de plan. Sur le premier, les flèches des secteurs : soleil d’hiver et d’été, vent dominant, ruissellement, vues à cacher ou à garder. Sur le second, les zones vécues du relevé. Les bons emplacements apparaissent là où les deux calques s’accordent. La méthode complète des calques est décrite ici.

À lire ensuite

Je sème mon projet87,60 € · en trois fois si besoin